Oscar du meilleur film pour Jack L. Warner et Hal Wallis, du meilleur scénario et du meilleur réalisateur pour Michael Curtiz en 1944, Casablanca n'aura pas permis à Humphrey Bogard de remporter la statuette du meilleur acteur, bien que son interprétation puissante et intime de Rick ait été magistrale, aux côtés d’une Ingrid Bergman sensuelle et sublime. Le couple est emprunt de cette grâce surannée, qui donne à ce film aux ambiances et aux consciences lourdes de moralité, un charme indéniable. Et si initialement les rôles de Ilsa et Rick devaient être confiés à Ana Sheridan et Ronald Regan, nous ne pouvons qu’acclamer le choix final de Bogard et Bergman tant ce couple est devenu mythique dans l’histoire du cinéma.

18839929

Ce film emblématique, tourné en pleine seconde guerre mondiale, remporte encore aujourd’hui la première place des divers classements des meilleurs longs métrages de tous les temps... Même si au tout début, la bataille n’était pas gagnée car avant novembre 1942 il n’avait connu qu’un succès très mitigé. Finalement la Warner décide de profiter de la bataille de Casablanca pour le sortir en salle et il triomphe dès 1943.

Marquant la cinquième collaboration entre Humphrey Bogard et Michael Curtiz qui avaient déjà travaillé ensembles sur Le dernier round (1937), Les Anges aux figures sales (1938), La Caravane Héroïque (1940) et Marked Woman (1937), ce rôle de Rick, propriétaire cynique d’un Night club à Casablanca conduira clairement Humphrey Bogard au sommet de son succès.

A ses côtés, incarnant Lisa, Ingrid Bergman est déjà reconnue, mais ensemble, ils incarnent à merveille ce couple qui s’est aimé follement quelques temps auparavant à Paris et qui a été séparé par le chaos de la guerre. Ils se retrouve à Casablanca lorsque Lisa arrive avec son époux, héros de la Résistance, à la recherche d’une solution pour s’échapper vers les Etats-Unis. Seul Rick est susceptible de pouvoir les aider, mais, emmuré dans son cynisme et sa solitude, il s’y refuse, jusqu’à ce que Lisa réveille l’idéaliste sommeillant en lui.

403100

Adaptation d’une pièce de Muray Burnett et Joan Allison écrite en 1938 intitulée Everybody comes to Rick, les droits avaient été achetés par la Warner en 1942 pour un moment pharaonique. Le scénario portait au départ d’avantage sur la fuite du régime nazi vers Lisbonne et Casablanca, puis rapidement, la priorité fut mise sur la relation amoureuse des deux personnages principaux. Le tournage débuta en mai 1942, alors même que le scénario n’était pas terminé. Les acteurs ne savaient pas eux-même l’issu de leur personnage. Le tournage fut, comme souvent, relativement chaotique et interdépendant des évènements se déroulant en Europe. 

C’est probablement ce qui donne au film toute son ironie et qui l’autorise à se moquer si ouvertement du régime de Vichy notamment, et des allemands. La Résistance est élevée en Victoire et les héros sont auréolés de cette beauté et de cette grâce qui rend tout possible... 

L’adaptation de cette histoire initialement conçue pour le théâtre confère au film ce sentiment de huit-clos, en (quasiment) un seul lieu (le night-club), une seule action (la fuite) et une limite dans le temps qui cristallise le sentiment d’urgence et renforce la dramaturgie du propos. 

A cet égard, la mise en scène et la photographie sont léchées et équilibrées, pour ce rendu intime, au plus près de l’action et des personnages, entre clair et obscure, sublime de délicatesse... 

18839921

La fin elle-même n’a été écrite qu’au tout dernier moment, ce qui perturbait beaucoup Ingrid Bergman qui ne savait pas si elle devait jouer en privilégiant l’un ou l’autre acteur... Finalement, en 1987, une copie spéciale du film fut projetée au festival du film de Rio avec une fin alternative où Lisa ne prend finalement pas l’avion... Même si ce retour dans les bras de Rick est à bien des égards romanesque, il n’en demeure pas moins que la fin initiale est merveilleuse et chargée de tout le romantisme et le sens humain et moral que l’on aime retrouver dans les films anciens. Cette phrase de Rick rappelant à Lisa qu’elle lui a demandé de prendre pour eux deux la décision de leur histoire est d’un romantisme à couper le souffle... J’en ai encore des frissons...

Bref.

Un film d’amour c’est certain, mais également un film de justice et de morale qui nous interroge, et qui interpelle en nous, forcément, un sentiment profond d’humanité.

Porté de bout en bout par le charisme de Bogard et la grâce de Bergman (est-ce possible de faire mieux que cela ?), on retrouve aussi avec délectation au sein de ce trio amoureux, la présence de Paul Henreid...

Et que dire de cette musique délicate et habitée ? Ce piano, et ce pianiste (plutôt batteur en réalité !) interprété par Dooley Wilson, qui rassemble les deux amants...

Tout y est, et avec une telle puissance, qu’il ne nous ait pas permis de rester indifférents, même plus de 70 ans plus tard...

18839884