Attention, cet article est honteusement long... je préfère que vous soyez prévenus !!

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Je fais partie des fans de Mélanie Laurent réalisatrice. Oh, je ne suis pas stupide, je sais bien que les médias se déchainent, que tout un chacun a su dénigrer les propos qu’elle a tenus et que son statut de petite réalisatrice/actrice prétentieuse se porte très bien. Soit. Mais sincèrement, en réalité, je ne porte que très peu d’importance à tout ça. D’une part parce que si je lis pas mal les critiques ciné, je regarde assez peu les interview, donc foncièrement je ne perçois tout que d’un oeil un peu distrait, et d’autre part parce que, quand je vais voir un film, c’est un film que je regarde, pas le spectre de son réalisateur. Vous en voulez des noms de petits génies qui étaient certainement de véritables andouilles dans la vraie vie ? Y’en a des milliers. C’est de notoriété publique: avoir du talent n’exempt pas d’être humain. Ce serait dommage. Pas que je veuille accréditer par là les médisances sur Mélanie Laurent, loin de là, simplement que je veuille plutôt dissocier les deux. Il y a ce que les gens sont et ce qu’ils en font. Et, sur un plan cinématographique, cette réalisatrice là a su tirer profit de son expérience, de ses rencontres, et bien que ce soit ce qu’on lui reproche, par la force des choses, de ce qu’elle est. Et le résultat est de belle envergure.

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Passé cet un peu long plaidoyer ayant uniquement pour but de vous convaincre de son talent, cela va sans dire (tout le monde sait maintenant que je ne suis qu’une propagandiste irrécupérable, ce que j’assume pleinement au demeurant - inutile de dire que le second degré est souvent de rigueur si vous voulez apprécier mon blabla par ici ...), je voudrais revenir sur ce qu’elle a fait avant. Pas en tant qu’actrice, quoiqu’il y aurait pas mal à en dire, mais plutôt en tant que réalisatrice. 

«Respire» n’est pas sa première réalisation, elle s’y était déjà essayé en 2008 avec un court-métrage («De moins en moins» présenté au Festival de Cannes la même année) et un autre court-métrage s’insérant dans une série en 6 épisodes sur la sexualité féminine (X-femmes, épisode 3), mais c’est surtout son film précédent «les adoptés» qui a révélé son travail.

Je vous en avais à l’époque dit du bien et je reste sur ma position, ce film m’avait beaucoup touchée et je l’avais trouvé très juste. Pour l’avoir revu depuis, c’est toujours ce sentiment qui m’habite. Mélanie Laurent avait su percevoir quelque chose de sensible et de quasi élégant dans le tragique de cette histoire. Il y avait quelque chose de bouleversant. La mise en scène était belle, structurée, et elle aussi, élégante. 

 

Alors, à l’annonce d’un second film de la réalisatrice, j’ai été impatiente. Et puis, j’ai vu la bande annonce, saisi le sujet et je me suis dit, je dois l’avouer, que ça sentait le cliché (l’adolescence, les rivalités, la perversité (le pervers narcissique est très à la mode en ce moment, c’est dans toutes les conversations...), l’amitié, les désillusions... c’était beaucoup trop pour moi d’emblée !), et que ça avait l’air fort désagréable. Je n’étais plus du tout enchantée.

 

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Et puis la critique cannoise est passée par là (le film a été présenté en séance spéciale à la semaine de la critique) et... ce que Cannes dit... (le public le dit aussi ?!). La critique cannoise en a donc dit du bien, même plutôt beaucoup. Et même parmi les détracteurs de la réalisatrice il y a eu des conquis. Alors bon, si le camp ennemi s’y met, il me faut revoir mes positions !

 

Je suis donc allée le voir. Pas immédiatement lors de sa sortie mais j’y suis allée, sans trop traîner la patte... en me disant que ça allait juste être sans grande surprise.

 

Et j’ai pris une bonne grande gifle. Vraiment. Parce que comment vous dire...? C’est un tout petit peu violent comme approche tout de même.

Alors oui, il y a des adolescents, de l’amitié, des amourettes, la préparation du bac, des soirées, des histoires de familles bizarres, tout ça tout ça quoi... 

Mais il y a aussi une vraie perverse narcissique complètement marteau et une victime, par la force des choses, totalement déprimée et un peu borderline... (c’est le principe psy de base... une personnalité narcissique ne peut prendre son appui que sur une personnalité déprimée qui lui permet d’exister... ou quelque chose du genre... - désolée, pas d’études de psycho à mon actif (vous aurez au moins appris cela de moi !) )

En bref, c’est pas rassurant quant à la nature humaine.

 

Alors oui, on peut dire ce qu’on veut, que c’est un peu trop mélodramatique, que passé la part purement esthétique de la mise en scène (une jolie lumière, des plans resserrés, des flous, une photo maîtrisé, des décors aboutis, une bande son agréable et justifiée), on s’ennui vite, que c’est caricatural et maniéré (maîtrisé plutôt que maniéré ?... disons que pour un second long métrage, on excusera les petites lacunes et les quelques effets superficiels non ?)... laissons parler la critique, mais écoutons ce qu’en dit le public !

 

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Et ce qu’en dit le public, à peine les lumières rallumées ? 

«Dérangeant» «Déroutant» «perturbant» «violent» «surprenant» «bon» «incroyable»...

Ce sont parmi les mots que j’ai entendu. Ceux d’un public interpellé. Et loin d’être déçu. 

N’est-ce pas là le sens du cinéma ? Interpeller? Saisir un propos, raconter une histoire en amenant le public à ressentir quelque chose qui lui permette de se sentir concerné... 

En cela le film est déroutant en effet. Car il va chercher en nous quelque chose que l’on ne voudrait pas saisir...

 

Chacun prend le temps de se remettre, personne ne quitte la salle précipitamment, le générique défile et les avis s’affinent. C’était un bon film. Pas un film grand public. Pas un film distrayant au sens strict du terme. On ne rit pas aux éclats, on ne pleure pas à chaude larmes, mais on s’attache aux personnages, on vit avec eux cette histoire d’adolescence violente à l’étrange goût de réalité...

 

Mélanie Laurent nous propose donc un film maîtrisé, sensible et juste et dévoile par la même occasion le talent de ces deux actrices principales Joséphine Japy et Lou de Laâge, parfaitement justes.

Une bonne surprise en somme !