Librement adapté d'un conte nippon du Xe s. (titre original: Kaguya-hime (princesse Kaguya) ou Taketori monogatari (le conte du couupeur de bambous) ou Kaguya-hime no monogatari (le conte de la princesse Kaguya) écrit par une dame de la cour impériale du nom de Murasaki Shikibu), Le Conte de la Princesse Kaguya est un véritable petit bijou, tant d'animation que de poésie.

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Tissé par autant de fils philosophiques qu'esthétiques, sous-tendu par un imaginaire délicat et élégant, élaboré à base d’esquisses irrégulières crayonnées et aquarellées lui conférant une douceur et une légèreté visuelle incroyable, le dernier film des studios Ghibli est une merveille du cinéma d’animation.

 

Présenté par Isao Takahata lui-même (longtemps associé d’Hayao Miyazaki) en ouverture du Festival d’Annecy 2014, le film promettait sans surprise d’être éblouissant, mais, il va bien au delà.

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Je vous ai longuement rabattues les oreilles avec les films d’animation dernièrement, mais, pour autant, ce n’est pas initialement mon genre de prédilection. Il me faut même admettre qu’avait d’habiter à Annecy, je ne m’étais jamais vraiment penché sur la question. Festival international du film d’animation oblige, cela fait deux années consécutives que je m’intéresse à la sélection, que je vois quelques films et que je découvre un univers incroyable de délicatesse, de poésie et de vérité.

Car, ce qui pour moi est une vraie découverte avec le cinéma d’animation, c’est cette propension à distribuer un sentiment du réel, une émotion pure avec, avant tout, de l’abstrait.

J’ai longtemps pensé que ce qui était touchant au cinéma était la capacité à transmettre une réalité, la retranscrire sans la transformer, sans la rendre ridicule ou niaise... c’est souvent vrai, mais pas seulement.

Ce qui devient touchant pour moi, c’est la subtilité de l’évocation. Evocation d’un sentiment, d’une image, d’une idée, même si à priori cela semble d’abord irréel. 

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Ici, la puissance du film réside dans sa profondeur poétique et mélancolique. 

Bien sûr l’épuration du dessin est d’abord esthétique, mais, in fine, il s’en dégage une sensibilité, qui, par un autre processus, ne saurait être égalée.

C’est parce que c’est une film d’animation crayonné et épuré que la portée de cette sublime histoire prend tout son sens.

 

J’ai pensé quelque fois pendant le film «et si, au lieu d’un film d’animation ce conte avait été adapté comme un long métrage classique, y retrouverait-on tout ce sens allégorique et philosophique ?»

Non, on aurait en réalité une autre perception des choses c’est certain.

Car ici, tout en délicatesse et en poésie, il est question de la Vie, des choix arbitraires qu’il nous faut faire ou non, de la liberté, et indéniablement, de la Mort et du sens que cela revêt.

 

Mais quelque part, aussi fortes soient-elles, toutes ces évocations restent informelles et en deviennent belles.

 

Pour autant, comment ne pas être touché par cette petite princesse, née dans une tige de bambou, recueillie par un modeste coupeur de bambou et sa femme et élevée au sein de cette liberté buissonnière.

Comment ne pas être ému par ce destin incroyable porté avant tout par l’amour, la beauté, et la liberté avant d’être rattrapé par les contraintes sociales et l’amère fatalité d’une vie qui révèle sa beauté aux prémices de sa fin.

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Tout dans la subtilité du propos comme du dessin nous rappelle que la beauté et le bonheur tiennent à l’éphémère...

 Difficile de ne pas être envoûté et subjugué.

 

La portée poétique et philosophique s’adresse avant tout à un public adulte évidemment, de même que la véritable portée esthétique.

Le film reste donc assez difficile pour un public trop jeune, de part sa durée avant tout: 2h17 c’est très long pour nos p’tits loups impatients même si l’univers doux et poétique saura en séduire plus d’un, c’est certain.

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Par ailleurs, je reste persuadée que malgré tout l’envoûtement dont ce film est capable sur nous, nous ne pouvons véritablement en saisir tout le sens en tant que public occidental. Je crois que beaucoup de nuances nous échappent, qui résident dans l’inconscient collectif du public nippon. Nous percevons sans problème toute la portée symbolique du film (de la fin notamment) mais, je crois qu’il nous manque véritablement des clés pour tout percevoir.

D’autre part, le film fait des impasses narratives qui nous échappent comme par exemple la véritable raison de la naissance de Kaguya et, au-delà du sens de sa vie, la raison de cette vie sur Terre. Le conte originel donne en réalité une valeur plus grande au «passage sur Terre» des êtres, et à l’implication envers les êtres rencontrés, aimés...

(Le texte original a visiblement été traduit en français sous le titre «Le conte du coupeur de bambous» si jamais vous souhaitez aller plus loin dans l’approche philosophique du propos...!)

 

Quoiqu’il en soit, un film vraiment incroyable dont il est difficile d’en dire trop sans en dévoiler le sens, mais à découvrir sans tarder !

 

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