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Rare comédie sentimentale que Billy Wilder aura jamais tourné, ce film de 1954 qui aura contraint Bogard à un peu de légèreté malgré un cynisme exacerbé à l’égard de ce rôle dont il ne voulait absolument pas, a au moins le mérite de nous faire passer un très agréable moment, entre sourires, romantisme et regard oblique sur la société...

Pour on ne sait trop quelle raison, Cary Grant a déserté le rôle de Linus Larrabee au moment du tournage, laissant producteur et réalisateur un peu esseulés... Au pied levé, on décide alors de le remplacer par Humphrey Bogard, certes en vogue, mais totalement réfractaire à l’idée même de ce rôle. Et pour cause... Il est loin d’aduler Audrey Hepburn (dont il ne fait pas que des louanges...), il déteste William Holden (au point de l’insulter en interview) et il se trouve à la fois trop vieux pour le rôle (il a deux fois l’âge de la pimpante Sabrina) et trop jeune pour qu’on ose le lui reprocher ! 

Face à lui, un William Holden blond décoloré dans le rôle d’un frère volage et immature, et une Audrey Hepburn amoureuse et séductrice absolument charmante.

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Passé le cadre totalement romantique du propos initial, à savoir les projections amoureuses de la fille d’un chauffeur et d’une cuisinière sur le fils cadet de la richissime famille qui les emploie, le film s’avère être un tout petit peu plus argumenté que cela...

Tout d’abord, la famille Larrabee est assez jubilatoire et les portraits brossés sont assez malins: le père, au penchant avéré pour la boisson, est le protagoniste de scènes assez cocasses et de dialogues assez drôles, notamment lors de cet échange avec son fils ainé après que ce dernier l’ait trouvé dans son placard ! David, le fils cadet ensuite, dont Sabrina est éperdument amoureuse, le parfait inconséquent marié 3 fois, volage et infidèle de son état. Et enfin, Linus, le fils aîné, homme d’affaire rigoureux et austère bien loin de toutes les préoccupations frivoles   de son frère et sans aucune considération pour la gente féminine.

Ensuite, il y a Sabrina, sage et romantique gamine amourachée de l’insupportable playboy qui ne la regarde pas, tour à tour réprimandée ou encouragée par son père et le reste du personnel quant à cet amour impossible... Finalement envoyée à Paris pour parfaire son éducation, la demoiselle revient transformée en femme séductrice dont l’éducation sentimentale ne semble plus à faire...

L’image sage et lisse de la douce Sabrina est brutalement modifiée (plus que le film ne semble vouloir le dire d’ailleurs) pour laisser place à une parfaite séductrice rompue au jeu du charme et des avances éloquentes (on ne remerciera pas le gentillet baron parisien qui s’est chargé de son éducation, passée sous silence, certainement par soucis de légèreté, mais clairement évidente...)

Ce que disent ces portraits est probablement de ne pas trop se fier aux apparences et de sortir des carcans imposés par une société conformiste qui voudrait que chacun ait sa place. «Il y a le siège à l’arrière. Il y a le siège à l’avant. Et entre les deux, une vitre» a l’habitude de dire le père de Sabrina, chauffeur des Larrabee. Cette phrase résume ce que le film tente de démont(r)er... après, on peut aussi choisir de s’installer directement au volant de sa propre vie...

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Quoiqu’il en soit, totalement incapable de résister aux charmes d’une jolie femme, David succombe instantanément à la nouvelle Sabrina de retour de Paris. Après tant d’années à espérer, la belle jubile. La partie semble gagnée. Mais c’était sans compter sur les stratégies commerciales de Linus et les ravages d’un amour au-delà de la simple séduction réciproque de deux évaporés bientôt rattrapés par eux-mêmes. Car il va sans dire (mais c’est mieux en le disant, disent certain... hum hum) que la belle est plus subjuguée par l’envie de plaire à David, séducteur éhonté de tout ce que compte les environs de sublimes créatures - il le dit de lui-même lorsqu’il s’étonne de ne pas déjà connaître cette jeune personne qu’il raccompagne de la gare (et qu’il connaît déjà pourtant fort bien !) - et donc par l’envie d’être assimilée à une femme sublime, qu’elle n’est réellement subjuguée d’amour pour lui. Encore qu’elle ne le saura véritablement qu’en s’avouant son amour (somme toute plus véritable) pour Linus.

Linus (bien qu’interprété à contre coeur par Bogard) est quant à lui finalement un personnage assez intéressant, contrairement à ce que laissait penser les premières minutes du film. Dans sa volonté d’empêcher son frère multi-millionnaire de succomber à la belle roturière afin de préserver les intérêts économiques (disons plutôt le mariage arrangé pour développer une succursale supplémentaire à la société Larrabee) de la famille, il s’avère être débordant d’imagination et finalement pas si maladroit que cela en terme de séduction. Sauf que le séducteur manipulateur se retrouvera bien vite séduit... 

Il restera la sauvegarde des valeurs morales et de l’amour, avec une fin, à la fois bien facile, et pourtant très efficace !

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Si ce film n’est pas un chef d’oeuvre, il révèle certainement un des meilleurs rôles d’Audrey Hepburn, alors en pleine ascension Hollywoodienne, pétillante de vie et de charme !

Pour avoir revu le film dernièrement dans sa version non restaurée, je ne le trouve pas si «vieillot» que ça, au contraire, même si, évidemment, il reste plus accessible avec quelques retouches et un meilleur son !

Cela dit, si une version beaucoup plus contemporaine vous tente, il existe un remake réalisé par Sidney Pollack en 1995, avec Harrison Ford en tête d’affiche... que personnellement je n’ai pas vu (et qui, je dois l’avouer, ne me tente pas des masses...)

Et vous, qu’en pensez-vous ? Tentés par le conte de fées moderne de la jolie Sabrina ? La version un peu désuète de Billy Wilder de 1954 ? Ou celle de 1995 ? Je vous laisse me dire, je suis curieuse...! ;-)