Non pas que je me sois donné pour objectif de voir tout ce qui a été présenté à Cannes (je laisse ce genre de défi honorable à Filou ;-) !!) mais tout de même, ma curiosité était piquée au vif d’en savoir un peu plus sur ces réalisations qui avaient eu l’honneur de tâter du tapis rouge voire même de titiller tant et si bien l’intérêt de Dame Campion et de ses acolytes qu’ils avaient fini par rafler des prix !

 

La question est de savoir si sans ce soudain et vif intérêt curieux, j’aurais tout de même été me confronter une fois encore à un film de Cronenberg ??!

Oui, j’en ai bien peur en réalité. Car, Cronenberg se révèle un peu adictif chez moi je dois bien l’admettre... Je m’en tiens éloigné le plus possible car je sais ô combien cela va être néfaste pour moi, mais je sais aussi à quel point cela va être enivrant... alors je succombe... renâcle les premières minutes, grince des dents et menace de quitter la salle, puis me laisse happer par cette forme de folie dévastatrice. Je sais que si je ne quitte pas la salle maintenant, je voudrais voir la fin vaille que vaille. Quitte à détourner les yeux, quitte à me planquer sous mon écharpe pour échapper à l’insoutenable pression psychologique, quitte à en sortir avec la nausée et des questions existentielles carrément flippantes à ne plus savoir qu’en faire.

Oui, aussi pathétique que ça puisse paraître, voilà ce que génère Cronenberg chez moi. Ca à beau être (délicieusement) malsain, ça reste pour moi du grand cinéma parce que c’est un cinéma qui génère un sentiment, qui questionne, qui touche, qui dérange. Il arrive à créer un sentiment profond et entier et à l’exploiter jusqu’à la dernière seconde sans véritable action, juste en proposant une analyse pluri-dimensionnelle de ses personnages. Et quels personnages ! 

 

Même s’il m’est arrivé de détester littéralement certains de ses films («A dangerous method» notamment... que j’ai trouvé d’un ennui sans fond (mais peut-être devrais-je le revoir sous de meilleurs auspices...)) je reste en général subjuguée par son travail, qu’en plus de trouver saisissant je trouve parfaitement abouti. 

 

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L’esthétisme de David Cronenberg vient épouser parfaitement (et ici particulièrement) la psychologie de ses personnages. Même si parfois il frôle (selon moi) la limite de ce qui est soutenable (je suis une petite nature, oui je sais, mais je me soigne !). 

Allant donc de la futilité à la trivialité la plus bestiale, ses personnages endossent un panel de comportements plus que dérangeants.

 

Ici, Benjie (13 ans), Havana, Sanford, Agatha, Jerome, Christina se retrouvent dans une sorte de Huis-clos hollywoodien où se déchaînent leurs failles les plus profondes.

Entre pulsions et névroses ils tenteront de rejoindre les étoiles de leur célébrité et une certaine forme de liberté.

 

Entre cynisme et narcissisme, David Cronenberg place ses personnages au coeur d’un univers doré mais fétide, éclaboussé de secrets, de larmes et de sang.

Et il nous donne à nous, spectateurs, la possibilité de trouver cela tout autant jouissif que terrifiant. 

 

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Impossible après avoir vu le film de ne pas comprendre (pour moi) pourquoi Cannes à choisi Julianne Moore pour le prix d’interprétation. Certainement beaucoup d’autres l’auraient mérité, mais encore aurait-il fallu qu’elle n’endosse pas ce rôle. Elle est incroyable en star vieillissante hantée par le fantôme de sa mère qui refuse de la laisser être elle-même. Touchante, agaçante, jusqu’à être pitoyable, elle reste sublime.

Mia Wasikowska est quant à elle remarquable. Dérangeante, flippante, totalement insaisissable dans le personnage d’Agatha au service d’Havana, la star vieillissante et névrosée qu’incarne Julianne Moore. 

 

Loin du rêve américain, Cronenberg choisi, comme d’autres avant lui, de nous dépeindre un Hollywood cauchemardesque où tout n’est quelque part que recherche d’une Liberté paradoxale, référence faite à Eluard dont il emprunte l’oeuvre pour étayer son propos.

 

Mais, s’il choisi Hollywood c’est certainement aussi pour la forme, car le fond lui, ne fait référence qu’aux profondeurs de l’humanité, référence à un monde cruel et décadent où s’abîment les êtres les plus fous.