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En 1940, Alan Turing, mathématicien et cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de casser Enigma, la machine de cryptage allemande jusqu’alors inviolable. Au coeur d’un secret d’état qui le poursuivra jusqu’à sa mort, Turing fait de la résolution d’Enigma sa raison de vivre. 

J’avais d’emblée un petit à-priori sur le film et craignait de m’ennuyer fermement car les biopics sont souvent soporifiques et en la matière, je venais d’aller voir «Une merveilleuse histoire du temps» (qui ne m'a pas déplu cela dit) et je craignais la redite... C’est donc en traînant les pieds que je suis allée voir Imitation Game.

Etonnement, j’ai été très rapidement entraîné par le film, son sujet et son rythme plutôt dynamique. Je crois aussi que ça tenait aux personnages eux-mêmes.

Turing tout d’abord, brillamment interprété par Benedict Cumberbatch, mis en scène comme personnage complexe si il en est, totalement en marge d’une société qu’il ne comprend pas, assailli par son psychisme et ses émotions, d’une intelligence sidérante, qui quelque part le rend tellement vulnérable. Sa perception du monde, sans nuance, semble lui poser de sérieux problème dans sa relation aux autres.

Autres qui par ailleurs sont essentiellement les cryptographes, linguistes et chercheurs qui ont également participé au décodage des messages allemands, et dont les rôles se défendent.

Keira Knightley quant à elle, est plutôt assez convaincante dans le rôle de la seule femme ayant participé à cette immense recherche ayant contribué à gagner la guerre.

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Donc globalement, je suis sortie du film en ayant passé un agréable moment, sauf que, j’ai été clairement dérangé par un point (sur lequel j’ai disserté pendant bien 30 minutes avec un public attentivement dubitatif qui n’avait pas d’autre choix que de m’écouter (ce n’est pas simple d’être ami avec moi quand j’y mets de la mauvaise volonté, je vous assure !!)) à savoir que le film jonglait plus ou moins maladroitement pendant 2 heures avec l’homosexualité de Turing sans vraiment en parler, pour nous assommer à la fin d’un entrefilet sur fond noir nous expliquant globalement et assez froidement que c'était la cause de sa mort (puisque il s’est finalement suicidé suite à une condamnation pour homosexualité...)

J’ai gardé ça dans un coin de ma tête. Et plus tard, j’ai commencé à écrire cet article dans lequel je me suis surprise à noter que Turing était autiste (parce que sincèrement c’est clairement comme cela que le film le décrit - et en cela, la performance d’acteur de Cumberbatch est plutôt remarquable) tout en me demandant si c’était réellement le cas où si le scénario avait forcé le trait ...

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Quelques recherches plus tard, à ma grande surprise, non, Turing n’était pas Aspergher... Bien que ce n’ait pas été non plus un exemple d’ouverture sociale, et qu’il avait clairement un caractère compliqué, il n’en était pas moins plutôt facile d’accès, apprécié de ses collègues, complètement coopératif en matière d’échanges intellectuels, et même... prompt à la plaisanterie !

Alors quoi ? Pourquoi nous mentir ainsi ?

Et bien parce que (non d’un chien ça m’arrache les doigt de devoir l’écrire, je vous assure) il semblerait que le cinéma préfère encore aujourd’hui mettre en scène la difficulté d'être autiste que celle d’être homosexuel.

Je ne vois pas comment expliquer cela autrement...

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Clairement, le film nous balade pendant 2 heures en invoquant l’enfance de Turing au travers de laquelle on pressent son attirance pour les garçons, tout en nous imposant une improbable romance avec Joan Clarke (Keira Knightkey).

Alors, oui, cette histoire entre Joan Clarke et Alan Turing a bel et bien existé, et la demande en mariage également. Mais était-il nécessaire de nous parler d’abord de cela au lieu de nous parler du ressenti réel de Turing ? Ce qui a fait sa réelle personnalité est son homosexualité. Dans le film, ça aurait même pu être la part la plus romantique de ce personnage: il vit et il meurt de cela. Il est un homme amoureux d’un autre homme. Et cette situation le rend vulnérable au point de causer sa condamnation et sa mort parce que tout lui interdit de se défendre. A aucun moment il ne sera reconnu comme génie et héros de guerre pendant son procès car Enigma est classé secret défense à ce moment là. Et à aucun moment on ne reconnait non plus ce qu’il est réellement en tant qu’humain puisqu’on lui interdit (par la loi) d’aimer les hommes et il ne lui reste alors plus qu’à choisir entre l’enfermement physique (prison) ou l’enfermement psychologique (castration chimique). Quoi de plus dramatique ?

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Le film choisi de ne parler que de sa relation avec Joan Clarke... Même dans les quelques rares minutes où le scénario s’attarde sur le drame de cette condamnation, Clarke est là. Toute l’introspection sur l’état d’être de Turing est passé sous silence: il est montré soit diminué par le traitement qu’il prend, soit comme un être brillant mais autiste.

Alors que non, il était juste un homme homosexuel et brillant et visiblement, ça a du mal a être exprimé à l’écran. C’est clairement dommage, car on perd du coup dans ce film le propos primordial: Turing lui-même.

Forte de ce constat, j’ai du revenir sur mon impression première... ce n’est peut-être pas un film si bon que cela... Sauf si on considère que c’est simplement l’histoire d’un mathématicien autiste (et encore une fois, la performance de Benedict Cumberbatch est indéniablement brillante dans ce rôle là). Mais ce n’est en aucun cas un biopic à propos d’Alan Turing. Ou alors, il est très mauvais.