Le coup de coeur du Weekend !!

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C’est étrange, mais, je ne sais pas dire pourquoi Bird People m’a autant touché... je ne sais pas. ou plutôt si je sais mais ... je préfère me demander si...

C’est peut-être la poésie, omniprésente, fulgurante, sensible et sublime qui réside tout au long du film.

C’est peut-être la grâce d’Anaïs Demoustier.

C’est peut-être la lumière de la mise en scène de Pascale Ferran et le rythme ni trop rapide, ni trop lent... juste équilibré entre le sentiment et l’esthétique.

C’est peut-être ces plans «vus d’oiseau».

C’était peut-être juste le bon moment, le bon état d’esprit.

C’est sûrement l’assemblage de tout ça.

Et en tout cas je le sais: je suis sous le charme.

 

Présenté dans la sélection «Un certain regard» du Festival de Cannes, le film est reparti bredouille de prix mais riche d’éloges...

Il faut dire que tout est parfaitement maîtrisé dans ce film, tout jusqu’à l’improbable, l’impalpable.

Dans le prologue et la première partie du film (il est divisé en 2) j’ai, pour ma part, retrouvé Pascale Ferran telle que je m’en souvenais depuis Lady Chatterley: réaliste mais inventive, racontant simplement ce que souvent le cinéma ne dit pas: les habitudes, les répétitions, les silences, les bruits (aussi ceux du quotidien), les banalités, le sentiment ressenti... peut importe le temps que cela prend à l’écran, c’est la temporalité adéquate, simplement juste. Quelque chose entre absolue vérité et profonde sincérité.

Dans la deuxième partie, j’ai découvert une Pascale Ferran imprévisible (cet instant où exactement au même moment que le personnage le spectateur se demande ce qu’il se passe et pourquoi...!) et un peu folle aussi mais d’une folie poignante, à la fois tout à fait réelle et insaisissable avec comme question centrale de savoir où s’arrête le réel et où commence la métaphore ? Car le fantastique, l’improbable et la fantaisie ne sont pas tout ce que j’ai retenu de ce film.

Mais plutôt une relecture subtile de ce qu’est la possibilité. Et à travers elle la liberté.

Cette liberté qui, si grisante soit-elle, nécessiterait presque d’y renoncer une fois approchée...

 

Audrey est femme de chambre dans l’hôtel où est en transit Gary. En réalité dans cet hôtel, ils sont un peu tous les deux en transit. Lui, réellement entre deux avions, deux pays, deux rendez-vous. Elle, dans un entre-deux provisoire, entre deux vies.

Chacun d’eux aspirent, à leur manière, à un sentiment de liberté.

De manière tout à fait irrationnelle et tout à fait concrète à la fois, chacun va y accéder et prendre conscience de ce qu’il est.

 

Le film aborde le délicat moment de la transformation d’une vie. Le moment du changement, brutal et volontaire, du renoncement. Le moment de la transformation synonyme de rupture et, souvent de non retour, mais synonyme aussi de possibilité; cette liberté pleine et entière entre le désir et le choix.

 

L’approche de Pascale Ferran est tout à fait singulière. Pas de hautes considérations philosophiques, pas de grands discours mais simplement l’approche de la conscience, celle qui pousse à admettre qu’il nous faut changer, déployer ses ailes et sauter...

La réalisatrice touche là à l’universalité de l’humanité quelque chose de l’ordre de l’insaisissable, qui réside dans le fait que l’on peut avancer. Et, elle filme ce moment précis de l’avancement (personnel) - de ses personnages - dans une sorte d’image par image, en en décomposant chaque mouvement, chaque instant, chaque idée.

Techniquement c’est saisissant (notamment dans la seconde partie): comme une sorte d’écriture du mouvement rendant quasi palpable le sentiment de liberté.

 

Tout autant chargé de gravité que de fantaisie, avec une lucidité prodigieuse, Bird People nous permet de poser un oeil sensible et lucide sur la notion (humaine) de possibilité.