Vous connaissez mon admiration incommensurable pour le travail de Tim Burton ?! Non ? Pas encore ? Alors nous allons en parler un peu ! ;-)

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La sortie d’un film de Tim Burton pour moi, c’est toujours un évènement ! Je l’attends, je regarde toutes les bandes annonces et les extraits qui apparaissent sur Internet, je scrute la moindre information... bref, je trépigne d’impatience ! Et quand finalement il sort en salle... j’y vais presque avec un mélange d’excitation et de craintes... Et si je n’aimais pas ?!

Pour Big Eyes, je savais que je devais revoir mes exigences en considérant que certes, Tim Burton l’a réalisé, mais, attention, il ne l’a pas écrit. Le scénario est celui de Scott Alexander et Larry Karaszewski, les deux co-scénaristes de Ed Wood. Et Big Eyes, c’est un biopic, genre pas vraiment répandu dans la carrière du cinéaste (sauf donc avec Ed Wood) qui nécessitait de coller à la véracité d’une histoire et qui risquait donc de gommer la patte si particulière du réalisateur...

Qu’en est-il finalement ?

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Finalement, pas du tout. Le génie de Burton est au rendez-vous ! De la mise en scène en passant par les costumes et la lumière jusqu’aux plans si précis qui sont la signature du cinéaste, tout y est !

Alors certes, point d’ambiance fantasmagorique ni onirique, mais toute l’essence du travail de Tim Burton est présente, à commencer par son sujet de prédilection: Le couple. 

Car ici, bien au delà de la problématique de l’usurpation et de l’art, le thème central est celui de la relation homme/femme dans ce couple si particulier où les rapports sont si ténus et si ambigus.

Car certes, Walter Keane est l'usurpateur et le faussaire que l’Histoire a dénoncé, mais la genèse de cette scandaleuse imposture est surtout et avant tout celle du couple que forment Margaret et Walter. Elle, artiste discrète et sensible qui succombe à son charme à lui, avenant, charmant et beau parleur. Leur relation devient vite un arrangement entre un homme qui souhaite plus que tout connaître le succès, et une femme qui n’ose pas s’affirmer et qui sait trop combien vivre en mère célibataire dans les années 50-60 est périlleux. L'arrangement est donc tacite des deux côtés. Elle se taira et peindra. Il les fera vivre elle et sa fille et récoltant la gloire. Il pourrait être dit que c’est lui qui a tout pouvoir... même si, force est de constater que n’ayant pas le talent de sa femme, s’il veut continuer à régner sur le marché de l’art, il ne devra pas trop la contrarier, ou suffisamment habilement pour qu’elle continue tout de même de peindre... Jusqu’à ce qu’elle refuse de jouer le jeu, voire pire qu’elle le dénonce... le pouvoir est entre ses mains à elle. La complicité qu’elle entretient des années durantes est tout autant celle d’une femme manipulée, que quelque part, une femme manipulatrice, puisqu’à bien des égards, l’imposture peut s’arrêter quand elle le décide, puisque tout est entre ses mains. Même si elle ne prend conscience de ce pouvoir que pour sa survie morale et physique et celle de sa fille, après des années de mariage et d’impostures...

Le couple donc, mais également un autre sujet extrêmement cher au réalisateur: les tableaux de Margaret Keane eux-même, qu’il apprécie particulièrement. Les enfants aux grands yeux le fascinent et l’inspirent sans conteste.

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Difficile de faire plus personnel alors, et plus impliqué que ce film pour Tim Burton. D’autant qu’il a gardé près de lui une équipe technique avec laquelle il a l’habitude de composer l’atmosphère de ses films, notamment Rick Heinrichs pour les décors et Colleen Atwood pour les costumes. Deux collaborateurs précieux tant l’univers de Burton passe à la fois par cette mise en scène et ce soucis du détail visuel qui constitue une véritable empreinte.

Ici, dans ce film où devaient se côtoyer l’ambiance très reconnaissable des années 50-60 et l’atmosphère très intimiste d’un couple ambivalent sans que le charisme de l’un des personnages vienne annihiler la personnalité de l’autre, le choix des costumes notamment était stratégique pour mettre en valeur des sentiments, et la mise en scène devait impérativement contribuer à créer une ambiance en constante évolution tout en étant le fil conducteur visuel et cohérent du film.

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Au final, le film possède une maîtrise esthétique et technique extrêmement précise et aboutie qui lui confère tout son sens et lui donne toute son ampleur. Dans ce soucis de maîtriser l’ensemble, il y a peut-être, l’aveu de la dimension intimiste de ce film pour Burton; il se livre donc d’une certaine manière, mais sous couvert d’une inspiration réfléchie distillée au sein d’une comédie, dramatique mais enlevée. Le rythme et la dynamique sont brillants. L’ensemble est parfaitement dosé, pour ne jamais tomber ni dans la surenchère, ni dans l’ennui. Et toujours se situer dans quelque chose aux confins de la puissance et de l’élégance.

Vous l’aurez compris, pour moi, c’est un coup de coeur !

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D’autant que j’ai pris plaisir à (re)découvrir une Amy Adams touchante de sensibilité, et un Christoph Waltz excessivement brillant (il y a cette scène où il joue l’ambivalence de l’avocat et de son client au tribunal qui est vraiment remarquable et qui m’a particulièrement interpellée: on rit, on s’agace, on se demande quand il va cesser d’être cet homme insupportable, et finalement, on applaudit, à la fois le personnage (pour cette audace à toute épreuve) et l’acteur (pour son interprétation sans faille), car à cet instant-là, ils ne faisaient qu’un...). Tout l’intérêt étant bien sûr de pouvoir savourer les dialogues en VO... d’autant que la diction d’Amy Adams est très agréable.

La force de Burton, dans ce film, est de nous laisser juge de cette histoire... Lui se contente de filmer au plus près et au plus juste, ce couple imposteur, sans être intrusif, en nous proposant simplement cette histoire perverse qu’il colore de justesse et de charme clairement kitch... (certes). Mais visuellement, il laisse indéniablement son empreinte. Et, comme parfois on ressasse des jours entiers un sentiment, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser plusieurs jours durant, aux couleurs vives des immeubles bien alignés de San Fransisco, au graphisme si particuliers des tableaux de Margaret, et à cette lumière, si douce, qu’est celle de la côte Ouest... Les imbriquer était cohérent. Et entre les mains de Tim, l’ensemble est magnifié, de manière beaucoup plus puissante que ce qu’il nous donne, à priori, à voir...

Un excellent moment de cinéma ! Vraiment ! :-)

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