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Le célèbre roman de Léon Tolstoï écrit durant la seconde moitié du 19e s. n’a pas attendu d’être adapté sous quelque forme que ce soit pour être un succès connu et reconnu, admiré, adulé même, cité en exemple, décortiqué, analysé... Mais certainement, de toutes les adaptations au théâtre, à l’opéra, et surtout au cinéma et à la télévision depuis à peu près une centaine d’années, la meilleure, ou du reste la plus fidèle à l’esprit de l’oeuvre originale est certainement celle que King Vidor a réalisé pour le cinéma en 1956, avec à l’affiche Audrey Hepburn et Henry Fonda.

Rappelons les faits, et pas les moindres... L’histoire s’ouvre sur une Russie bouleversée et un Napoléon en pleines campagnes... C’est la guerre. Avec tous les ravages qu’on lui connaît. A Moscou, au milieu de bals fastueux, de grandes familles d’aristocrates voient leur monde et leurs destins évoluer. Parmi eux, la comtesse Natacha Rostov, Le comte Pierre Bezoukhov, la princesse Hélène et le Prince Andrei Bolkonski dont les destins vont se croiser, et les sentiments s’affronter au sein d’une fresque historique, morale et philosophique d’une portée sans fin.

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L’enjeu, évidemment, avec une telle oeuvre, quelque soit l’époque de l’adaptation, est de proposer un film rendant hommage à l’oeuvre originale, à son sens, à son engagement. Guerre et paix étant, de l’aveu même de King Vidor à l’époque, un roman extrêmement compliqué à adapter dès lors que l’on veut préserver la profondeur des personnages, le sens philosophique, le regard de l’auteur sur ce monde. Ajouter à cela le fait que ce n’est pas le roman le plus court de l’histoire...

Résultat, forcément, un film de 3h20 (dans sa version longue), un peu long, certes, mais qui s’efforce de rester proche du texte original. 

Même si je dois reconnaître que je n’ai pas été un exemple d’attention devant ce film, et si j’en ai parfois perdu un peu le fil (c’est moche, je sais), il faut lui reconnaître d’indéniables qualités.

La première, et incontestablement la plus importante, c’est Audrey Hepburn qui incarne merveilleusement, et certainement à tout jamais dans beaucoup d’esprits, Natacha. Portant en étendard cette sensibilité, cette passion et ce charme indéniable, elle prend les traits de la comtesse Rostov au point de n’avoir jamais été détrônée dans ce rôle là, malgré les nombreuses autres interprètes qui se sont par la suite appropriées le rôle.

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A ses côtés, évidement, tout le monde paraît un peu fade... ses camarades de jeu ne débordent pas franchement d’enthousiasme... Dans le rôle du comte Pierre Bezoukhov, un Henry Fonda un peu éteint... mais néanmoins assez juste. Mel Ferrer et Vittorio Gassman quant à eux sont un peu perdus au milieu de tout cela... reste Herbert Lom en Napoléon... 

Mais outre le casting, largement rehaussé par Audrey Hepburn, l’autre point fort du film, qui est certes doté d’un rythme un peu lent, c’est cette grâce majestueuse, étayé par ce temps ralenti, un peu en apesanteur, qui confère au scénario un sens profond et lyrique qui colle au roman de Tolstoï. Et indéniablement, la volonté de Vidor de préserver le ton du roman est remarquable. Même si pour cela, bien sûr, devant l’ampleur du travail, il a du s’astreindre à une rigueur quasi studieuse afin de ne pas se laisser déborder, et faire de sévères coupes. Alors bien sûr, à l’arrivée, il manque certainement ce petit supplément d’âme qui aurait rendu le film inoubliable, mais, à bien des égards, ça lui confère une ampleur, malgré tout, époustouflante.

Etrangement, bien que ça ait été une production impressionnante, ce film n’a pas connu un succès immense, au regard de la carrière de Kind Vidor. Il reste, cependant, dans bien des esprits, une belle production à voir ou à revoir.

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