Préambule on ne peut plus vrai, sauf, que paradoxalement, si personne ne faisait l’amour, on ne s’entendrait plus non plus. Mais pas pour les mêmes raisons. 

Il n’en reste pas moins que l’amour est un sentiment parmi les plus nobles, et le sexe une liberté propre à chacun.

 

Une liberté donc, d’aimer, d’aimer être aimé, de désirer, d’aimer être désiré, et de vivre ou non une vie sexuelle...

Encore faut-il s’entendre sur le propos...

 

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 Pas de sexe ne veut pas forcément dire abstinence.

Cela ne veut pas dire non plus, pas de sensualité.

Cela n’exclut pas non plus le désir.

Ca exclut juste le sexe.

 

 

 

C’est ce qu’aborde, dans son roman «l’Envie», Sophie Fontanel.**

 

Avec pudeur, délicatesse et sincérité, elle nous parle de son expérience «d’insubordination sociale» : ... «l’absence de vie sexuelle». Ce sont ses propres mots, mais ils sonnent si juste.

Ils nous rappellent cette attente de la société, imposée à chacun. Celle de l’accomplissement personnel plein et entier; avec une situation professionnelle stable, une vie personnelle éclatante et gorgée de jouissance.

Rien ne saurait être plus salvateur.

Car si ça n’entre pas dans une vie, c’est qu’il manque quelque chose. Et s’il manque quelque chose, c’est forcément, très souvent, du sexe...

 

Sophie Fontanel nous parle ici de sa volonté de se détacher de ce diktat. 

Car pour elle, l’expérience n’a pas été induite par la fin d’une relation, un célibat un peu long, une incapacité due à une maladie, mais c’était plutôt une forme de choix. Celui de dire non, car le plaisir n’était plus là.

Mais elle découvre ainsi que le plaisir peut être ailleurs, dans les choses banales de la vie.

 

Et en découvrant cela, elle nous montre que peut-être dans cette absence de sexe mais non de plaisir, réside avant tout celui de se découvrir et d’être pleinement soi.

 

A nous de découvrir alors que si elle a aisance à en parler, peu ont complaisance à la comprendre, et nombreux sont ceux à juger un choix qu’ils réprouvent, un fait qu’il réfutent, une liberté qu’ils dénoncent.

 

Quand être célibataire devient synonyme de solitude. Quand tendre à être soi semble vouloir signifier être paria d’une société exigeante et cruelle prônant la jouissance comme mode de vie et l’hypocrisie comme moteur...

 

Sophie Fontanel entend ici énoncer à quel point le corps a besoin de respect, de temps, afin de pouvoir à nouveau laisser l’esprit s’y introduire, pour y trouver progressivement du plaisir, sans contrainte, sans performance, sans obligation.

 

Elle dresse un constat personnel; également des portraits de ceux qui l’entourent. Parfois peut-être un peu caricaturés pour les besoins du roman...

Mais qui nous permettent de saisir son sens de l’observation.

Car à faire abstraction d’une certaine forme de pression sur soi, on en devient plus ouvert aux autres, on les écoute, les regarde, les conseille, devenant par là même, plus sûr de ce que l’on veut (ou pas) pour soi.

 

Le propos est subtilement traité, et l’écriture m’a plu, au delà des reproches de littérature trop pompeuse et des propos vides de sens (juste bons à remplir les pages d’un magazine) qui ont pu lui être attribués.

 

Si vous me passez l’expression, je crois, pour le coup, qu’il fallait en avoir, pour énoncer un ressenti si personnel, une expérience si intime. Et si les mots manquent parfois, ou s’ils sont maladroits, c’est que l’approche de soi va bien au-delà de cela.

 

La tâche était d’autant plus ardue, qu’il était d’avance très difficile de faire admettre à beaucoup qu’il est possible de désirer être désirée mais de ne pas en avoir envie...

Qu’il est parfois préférable qu’il n’y ait rien, plutôt que quelque chose imposée à un corps par un esprit formaté.

 

Et qu’il est important de se souvenir, que finalement, pour recevoir les choses, il faut savoir précisément celles que l’on veut,  être prêt à les accueillir, et ensuite, laisser faire le hasard.

 

Sophie Fontanel évoque tout cela avec ses mots, ses expériences, ses erreurs et ses impressions. 

Aucun fatalisme, simplement des constations, de l’espoir, et l’envie d’être soi, au delà des autres.

 

 

 

 

 

 

 

 * Sophie Fontanel, L’Envie, Robert Laffont, Page 81.

** Journaliste et écrivain français, elle est Fonelle dans le magazine Elle.